Cadeau de bienvenue

Publié le par Cavène

 

Prologue

 

La sensation était étrange.

Un long moment, perdu dans la contemplation de ses propres pensées, retiré dans les méandres les plus reculés de son corps, il chercha un moyen de la définir. 

C’était une douleur diffuse, lancinante, sourde, comme l’aurait été une mélopée indigène rythmée par les tambours sacrificiels. Pourtant, contrairement à ce qu’il avait si longtemps cru, sans pouvoir jamais en faire l’expérience, elle n’était pas vraiment désagréable, plutôt… réconfortante, en vérité. Une sorte de compagne monotone dans cette solitude glacée et oppressante.

Il ouvrit les yeux et s’aperçut qu’il flottait dans le noir, sur le dos lui semblait-il. Mais eût-t-il été sur le ventre ou suspendu la tête en bas que cela n’y aurait rien changé. Le noir étendait ses bras décharnés dans toutes les directions, englobant cet environnement étranger dans les replis légerscouverture Etincelante devant.jpg de sa cape d’obscurité.  

Intrigué, il tenta de se mettre debout. Il y parvint sans aucune difficulté, bien qu’il n’y eût aucun sol, visible du moins, pour le soutenir. Il leva les bras et fit jouer ses doigts, sans réelle nécessité, simplement pour tester ses capacités. La douleur était toujours présente dans tous ses membres et, dans un sens, il en fut soulagé. Elle le convainquait que ce qu’il vivait était bien réel. 

Il se rendit alors compte qu’il était nu. Son premier réflexe fut de se couvrir de ses mains avant de trouver son attitude stupide ; il n’y avait personne pour le voir. Juste le vide.

Il se retourna et regarda autour de lui. Il n’y avait rien, vraiment rien, à l’exception de ces nuages étoilés, d’une douce teinte bleutée aux reflets scintillants qui se déplaçaient sans bruit au gré d’un vent inexistant. Rien d’autre.

Des souvenirs lui revenaient par vague, hésitaient un instant puis repartaient, le laissant plus désemparé qu’il ne l’avait jamais été. Les images qu’il percevait, fragments dérisoires d’une vie qu’il n’espérait plus revoir, se fondaient les unes dans les autres, aussi vides de sens qu’un mauvais rêve. Il se rappelait les gens, les lieux, les odeurs et pourtant, ils lui semblaient étrangers, comme aperçus à travers le reflet d’un miroir. Les couleurs, trop fortes, trop vives, de ses pensées intimes agressaient sa mémoire, tailladant ses nerfs, donnant à la douce souffrance qui l’habitait une dimension surréaliste.

Brusquement, un violent sentiment de solitude l’envahit et il s’assit dans l’air, la tête dans ses mains. Il n’avait pas froid mais des frissons lui parcoururent l’échine. Pourquoi s’était-il réveillé ? 

Il releva le menton. Un léger souffle venait de l’effleurer et il se demanda d’où il pouvait bien provenir dans toute cette tranquille désolation.

Au-dessus de sa tête, une fenêtre venait de s’ouvrir d’où filtrait une lueur blanche et chaleureuse. Rasséréné, il se leva et flotta en direction de cette mince parcelle d’espoir. La porte. Les souvenirs se faisaient plus nets, plus réels, la voix résonnait doucement dans sa tête, le guidait en direction de la porte. Mais même sans elle il y serait parvenu.  Après tout, c’était sa seule chance.      

 

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